29.08.2007

Abdullah Gül, le paradoxe d'un ex-islamiste qui inquiète et rassure les élites laïques turques

LE MONDE | 28.08.07 | 13h17 • Mis à jour le 28.08.07 | 14h24
ISTANBUL CORRESPONDANCE
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A la veille de la séance parlementaire devant consacrer le triomphe du parti, ex-islamiste, au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP), avec l'élection à la présidence, mardi 28 août, de son ministre des affaires étrangères Abdullah Gül, l'armée turque a lancé une nouvelle mise en garde contre toute "érosion du système laïc" du pays.


Mais, contrairement à son communiqué d'avril qui permit d'annuler la première élection du candidat de l'AKP, la mise en garde de lundi sonne plutôt comme un aveu d'impuissance. Publiée également sur le site Internet de l'état-major, elle est présentée comme un simple "message" de son chef Yasar Büyükanit, à l'occasion de la fête de la Victoire - qui n'est pourtant célébrée que le 30 août.

Sans faire d'allusion à l'élection de M. Gül, le chef d'état-major rappelle que ses forces armées "ne dévieront jamais de leur devoir de protection de la République démocratique et laïque", au moment où "chaque jour apparaissent des projets sournois visant à éroder le système laïc" du pays. Le danger "séparatiste" kurde est également évoqué.

"Ce communiqué n'est pas à prendre très au sérieux, l'ère des coups d'Etat est révolue", a pu commenter, à la télévision, un universitaire d'Ankara, Dogu Ergil. Car l'AKP, fort des 47 % de voix obtenues aux élections législatives du 22 juillet et du maintien de sa majorité absolue au Parlement, ne craint plus une nouvelle offensive de l'armée contre son candidat.

En avril, son intervention a échoué bien qu'elle ait été relayée par des manifestations de masse, l'opposition parlementaire et la Cour constitutionnelle - des leviers qui ne peuvent être réutilisés. Un coup d'Etat est à exclure. Ceux du passé ont fait suite à des situations de chaos et ont bénéficié d'un certain soutien populaire alors qu'aujourd'hui le pays est stable, l'économie prospère et la population serait favorable à 68 % à la présidence de M. Gül.

Le prestige de cet ex-militant islamiste, devenu champion de la marche turque vers l'Europe, dépasse en effet celui de son parti. Economiste passé par des universités britanniques, souriant, calme et courtois, il peut rassurer ceux qui, dans les vieilles élites urbaines, peinent à croire à sa conversion en "démocrate conservateur".

Aux yeux des laïques libéraux, son passé dans une banque saoudienne, puis son passage au gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan (renversé par l'armée en 1997), de même que le foulard toujours porté par son épouse, peuvent être compensés par son bilan à la tête de la diplomatie turque depuis 2003.

Il y a mené une politique proeuropéenne, poussant aux réformes démocratiques en Turquie tout en oeuvrant à rétablir la confiance avec les Etats-Unis - et avec Israël - après chacune des crises régionales qui ont ébranlé l'alliance turco-américaine : Irak, question kurde, Palestine, Liban ... Durant ces crises, il a su résister aux pressions anti-occidentales de la "rue turque", alimentées par les partis d'opposition dont le très nationaliste Parti républicain du peuple (CHP), celui qui fait pourtant profession de sauvegarder l'européisation voulue par Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), premier président de la République turque.

LEVÉE DE BOUCLIERS

M. Gül promet sur tous les tons de respecter les principes de la République et assure avoir "travaillé, sur les dossiers les plus sensibles, en bonne entente avec les militaires". Pourquoi alors cette nouvelle levée de boucliers des généraux, restés silencieux depuis la relance de sa candidature ?

Les premiers commentaires évoquent l'annonce d'une prochaine invitation au président (kurde) d'Irak, Jalal Talabani, jusque-là refusée, et les fuites qui se multiplient sur les projets d'une nouvelle Constitution que l'AKP qui réduiraient encore les pouvoirs des militaires et lèveraient l'interdiction du foulard dans les universités.

Le sujet reste ultrasensible dans l'armée, dont sont exclus les officiers dont les épouses se révèlent voilées. La règle sera bafouée, dès mardi, par M. Gül lui-même : en temps de paix, c'est le président la République lui-même qui assumele titre de commandant en chef de l'armée.

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